Ecrire
J’écris depuis longtemps.
J’ai écrit pour travailler, pour expliquer, pour tenir, pour raconter, pour pardonner, pour condamner, pour transmettre, pour prouver.
Ici, j’écris sans objectif clair, ce qui est probablement la meilleure condition pour écrire quelque chose de vrai.
J’ai des dizaines de carnets, pas toujours très beaux, pas toujours rempli, parfois dessinés, parfois écrits.
J’écris à mon fils depuis des années, des lettres, des anecdotes, des points de vue suite à nos disputes. Il aura tous ces écrits à ses 18 ans, il le sait déjà.
J’avais déjà un blog il y a une quinzaine d’années mais je n’avais pas continué, trop occupée à ne pas avoir confiance en moi.
Peut-être qu’aujourd’hui je ferais partie de la blogosphère comme ils disent…
Peut-être que j’aurais migré vers YouTube.
Peut-être que j’aurais fait des collaborations pour des banques en ligne ou des boissons énergisantes.
Peut-être que j’aurais expliqué comment « oser être soi-même » en ligne.
On ne le saura jamais. Quel dommage!
Ce n’est pas un choix stratégique, c’est définitivement une chance.
(Est-ce que je regrette? Est-ce que je suis jalouse? Peut-être, on ne le saura jamais.
J’écris tous les jours.
Pas pour inspirer. Si vous cherchez une transformation intérieure rapide je ne peux que vous conseiller d’aller courir ou de larguer quelqu’un.
Ce sera plus violent, certes, mais plus efficace et moins poétique.
J’ai écrit longtemps pour prouver que j’étais intelligente, que j’étais intéressante, que j’avais compris les règles, que je méritais une place à la table des grandes personnes sérieuses.
Spoiler: la table c’est deux tréteaux et une planche et je crois que personne n’a la moindre idée de ce qu’il fout là.
Alors j’ai arrêté de demander si je pouvais m’asseoir, je monte sur la table.
Bref, j’écris sans chercher à plaire.
Sans chercher à « faire sens » pour tout le monde et surtout pas aux gens qui disent « faire sens » (mais parle en anglais H24 dans ce cas-là! Sinon tu dis que ça « a du sens » et ça ira très bien).
Écrire c’est une sorte d’exutoire un peu plus acceptable socialement que hurler dans ma cuisine.
J’écris pour poser les mots, les regarder, les peser, les effacer, les transformer.
Et décider lesquels peuvent rester et lesquels peuvent aller voir ailleurs si, par hasard, j’y suis.
C’est efficace.
Moins cher qu’une thérapie.
J’écris pour aller bien, pour rester à peu près fréquentable.
Pour l’instant, ça a l’air de fonctionner.
Enfin je crois.
Enfin j’espère.
Ça fonctionne?
Hein?