Suivre sa trajectoire
Ce matin, comme tous les matins, j’ai perdu un peu (trop?) de temps.
Pas par accident, par choix.
Depuis quelques semaines je bois mon café en regardant mes bougies se consumer lentement, comme si c’était une activité officielle et rémunérée.
Je fais des stries dedans pour guider la cire, pour décider où elle a le droit de couler, on ne juge pas on a dit.
Aujourd’hui j’ai donc un tas informe et pas très heureux de cire de toutes les couleurs (et on est loin de l’arc-en-ciel).
C’est un moment parfaitement inutile donc complètement essentiel.
Au bout de deux heures de développement personnel à base de café et de contemplation, j’ai décidé que j’allais être quelqu’un de raisonnable.
Pas raisonnable dans le sens exemplaire, ça c’est foutu.
Raisonnable dans le sens « aujourd’hui je vais cocher toutes les cases de ma to do »
Je me suis assise à la table avec un carnet.
Le carnet donne toujours l’impression que quelque chose de structuré va être mis en place. J’y ai écrit une liste volontairement floue, pleine de verbes vagues qui englobent 10 tâches en une et que, donc, je ne ferai absolument pas.
J’avais une intention claire: avancer sur un truc important.
Évidemment j’ai fait autre chose.
Pas par flemme, mais parce que je suis étonnamment efficace quand il s’agit de tâches secondaires, exécutées avec un soin remarquable et une pertinence discutable.
À un moment, j’ai levé la tête.
Le café était froid.
La bougie méconnaissable.
Et la matinée morte.
Je n’étais toujours pas quelqu’un de raisonnable.
Mais j’avais regardé la cire couler comme il faut.
Et ça en fait au moins une sur deux qui a suivi sa trajectoire.