Avez-vous vu mon encrier?
Je me suis réveillée avec l’envie d’écrire un roman.
Certainement un prix Goncourt, mais je ne suis pas encore certaine-certaine, il faut que je voie ça avec moi-même.
Mon ego me susurre à l’oreille que le monde n’est pas prêt pour un pavé autobiographique de cette qualité.
Me voici donc armée de mes lunettes, de mon ordinateur portatif, d’un paquet de cigarettes et d’un air faussement rêveur, à la recherche du premier mot de mon succès littéraire.
En vrai, ça fait au moins vingt ans que je pense à écrire quelque chose de vrai, avec beaucoup de pages, de vraies pages avec du vrai papier, persuadée que l’histoire de ma vie intéressera le monde entier.
On parlait d’ego…
Sans compter que si j’avais fait ça il y a vingt ans, on aurait raté une belle tranche de vie pleine d’emmerdes et de rebondissements.
Quel dommage !
Hier, j’ai écouté Liste de lecture d’Ambre Chalumeau (sur Sourire de loup, de Zadie Smith) et, à 3 min 45, j’entends :
« Sourire de loup est un premier roman étonnant à plein d’égards, saisissant de maturité et de complexité. Déjà parce que c’est un roman, un roman romanesque. Beaucoup de jeunes auteurs et autrices, lorsqu’ils prennent la plume pour la première fois, ont tendance à écrire sur leur réel, à faire de l’autofiction et de l’introspection. »
Je passe sur le fait que mes ridules sont retournées se terrer dans les limbes de mon épiderme à la lecture de « jeunes auteurs et autrices »…
En revanche, je constate que mon projet, aussi exceptionnel soit-il dans mon cerveau, est l’apanage de la totalité des jeunes auteurs jeunes, comme moi, et c’est ce que nous retiendrons.
Qu’à cela ne tienne, je me lance dans un roman.
Enfin non.
Je me lance dans l’idée de me lancer dans un roman.
Il commence toujours pareil dans ma tête: par une phrase fulgurante.
Le genre de phrase qui fait dire aux lecteurs: « ah oui, quand même », avant même d’avoir compris de quoi ça parle.
Ok, je n’ai pas encore trouvé cette phrase, mais je suis convaincue qu’elle existe.
Quelque part entre deux frissons et une toux grasse.
Il était une fois un ego, un Doliprane et un paquet de clopes.
L’ego et les clopes tombent à l’eau… bla bla bla.